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Dernière mise à jour : Mai 2018

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CLIMASTER changement climatique, systèmes agricoles, ressources naturelles et développement territorial

CLIMASTER

Problématique et objectifs scientifiques du projet

La question du changement climatique (CC) se trouve  au cœur du débat de société (voir le grenelle de l’environnement), au cœur des politiques de recherches environnementales en particulier européennes, et au cœur de l’incertitude sur les orientations à venir dans le développement territorial. Dans l’Ouest de la France, la question de l’interaction entre CC et développement territorial a été longtemps occultée par l’évolution très forte de l’agriculture et ses conséquences actuelles sur les ressources en sol, en eau, en biodiversité et en paysage. Cela a amené des équipes du Grand Ouest à développer des recherches visant à évaluer l’impact de l’agriculture sur l’environnement, connaitre les temps de réponse aux changements et à mettre au point et proposer différentes outils et méthodes pour limiter la pression polluante, diminuer l’impact, restaurer l’état des ressources en eau, en sol et en biodiversité. Alors que toutes les réflexions et actions ont été menées dans un cadre où le climat était considéré comme une condition au limite du système - condition stable et dont la variabilité était assez bien définie -, la question du CC a surgi, transformant une condition aux limites en variable de forçage: La question que nous nous posons aujourd’hui dans le cadre de ce projet est la suivante : En quoi, comment, pourquoi le CC va-t-il modifier l’impact de l’agriculture sur les ressources naturelles ? Comment cela va-t-il s’inscrire spatialement au sein du territoire ? Il s’agit donc 

  • de s’interroger sur et de caractériser la réalité du CC dans le grand ouest à la fois en termes de tendance mais aussi d’extrêmes climatiques, de variabilité et de répartition spatiale.
  • d’identifier et de caractériser les réponses actuelles des acteurs agricoles à la perception qu’ils ont de ce CC, en le resituant par rapport à d’autres contraintes,
  • de mesurer les changements observés sur les ressources en eau, en sol en biodiversité, d’analyser et de modéliser l’influence sur ces ressources du CC et des changements de pratiques agricoles associés,
  • de confronter les différentes perceptions du CC et de ses conséquences en termes de développement territorial qu’ont d’une part les chercheurs, d’autre part 2 types d’acteurs aux prises avec cette gestion spatiale des ressources que sont d’une part les agriculteurs et leurs structures professionnelles et d’autre part les nouveaux gestionnaires de l’eau.

Ce projet s’inscrit clairement dans le thème 3 de l’appel d’offre PSDR-GO  sur la gestion de l’environnement par les acteurs territoriaux.  Dans ce cadre, il nous a paru innovant de situer notre projet par rapport à ces 2 catégories d’acteurs en charge du développement territorial, que sont les agriculteurs et les nouveaux gestionnaires de l’eau. Si le rôle des agriculteurs dans la gestion de l’espace rural est évident,  il nous semble nécessaire de préciser ce qu’on entend par les nouveaux gestionnaires de l’eau: l’émergence de la question de l’eau a conduit à une évolution de ses modes de gestion, sous la pression notamment des scientifiques, des écologistes, et des politiques européennes, avec le passage d’une gestion « fluxiale » à une gestion spatiale (Narcy, 20043), avec la montée en puissance de la gestion par bassin versant, et la mise en place de la Directive Cadre Européenne sur l’Eau. Ces nouvelles structures de gestion (SAGE, Etablissement Public Territorial de Bassin, syndicat de bassin, bassin d’intervention…) sont directement confrontées à la modification de la ressource en eau, au risque hydrologique, aux nouveaux usages liés aux CC. Le G.O.et en particulier la Bretagne ont été des précurseurs dans ce mode d’organisation de la gestion de l’eau avec le Plan Bretagne Eau Pure. Dans ces bassins versants d’action, l’articulation entre gestion de la ressource en eau, gestion territoriale et impact anthropique a été au cœur de la question. Ainsi, ces 2 catégories d’acteurs sont amenées à construire une nouvelle pratique de gestion territoriale (en intégrant les différentes ressources naturelles) et à les confronter4 : L’émergence de la question climatique vient modifier l’approche de ces questions voire en poser de nouvelles, comme nous l’avons constaté lors de la phase préparatoire de CLIMASTER.  Il reste cependant dans cette prise de conscience une forte hétérogénéité, en particulier au niveau interrégional, intéressante en soi à analyser.

Bien que la question de l’impact des CC ne soit pas spécifique au GO, sa spécificité interrégionale provient d’un certain nombre des caractéristiques partagées : 1) Le caractère côtier de la façade atlantique induit des contraintes environnementales (parmi d’autres) supplémentaires (marais littoraux, bloom algaux, élévation du niveau de la mer..); 2) des ressources naturelles intensément exploitées ou impactées et de ce fait sensibles aux modifications climatiques, 3) la présence de structures de paysages « fortes », espaces semi-naturels, corridors écologiques et systèmes tampons comme les réseaux de haies, ou les zones humides, 4) une sensibilité des populations de régions du GO à la question environnementale marquée à la fois par une forte activité associative et l’importance de conflits d’usages…) ; 5)  une montée en puissance des exigences environnementales vis-à-vis de la production agricole,  6) une force de frappe scientifique importante sur les problématiques environnementales en milieu agricole à forte composante agricole (IFR CAREN et équipes associées…)...

Les avancées attendues sur le développement régional et interrégional correspondent directement aux objectifs du programme :

  • une meilleure connaissance de la nature des CC passés et prévisibles et de leur répartition spatiale (notamment en terme côtier / intérieur des terres, qui est une question importante de ce développement),
  • des éléments d’évaluation de la prise en compte du CC dans les pratiques relayés par différents réseaux d’agriculteurs des différentes régions,
  • une estimation de la nature et de l’ampleur des changements sur les ressources en eau (quantité et qualité) en fonction de la localisation, et prenant en compte le rôle de la  structures du  paysage, et des méthodologies pour aborder la question de la biodiversité,
  • un approfondissement des conséquences de l’émergence  des nouveaux modes de gestion spatiale de l’eau confronté aux nouveaux enjeux de l’agriculture,
  • un renforcement des échanges entre équipes de recherche du GO et une structuration des collaborations dans le domaine environnemental (partage de sites, de modèles…)
  • un éclairage réciproque de la question, du fait de cette perception de la question environnementale contrastée, d’une avancée différente sur les modalités de gestion, et d’une certaine diversité des systèmes de production.

Ainsi, nous nous proposons de développer un projet portant sur les interactions entre le CC, les systèmes agricoles, les ressources naturelles et le développement territorial, pour permettre aux acteurs régionaux une anticipation raisonnée des évolutions à venir et des conséquences en termes  de pratiques relatives aux activités agricoles et à la gestion spatiale de l’eau. Il s’agit de se donner des outils partagés d’observation sur le long terme, et d’analyse des pratiques, ainsi que une vision commune sur l’impact des changements.

 

3Narcy J.B., 2004, Pour une gestion spatiale de l’eau. VComment sortir du tuyau Ecopolis, Bruxelles, 242 p.

4A titre d’exemples, la prise en compte par l’IAV de la gestion des niveaux d’eau dans les prairies extensives des marais de Redon associant  un objectif natura 2000 et une activité agricole, dans un contexte de proximité à la mer, et qui va bien au -delà de la mission initiale de protection des inondations d’un service hydraulique, ou inversement, l’intégration par les agriculteurs du rôle des zones humides dans le maintien de la qualité des eaux qui va bien au-delà de la  simple gestion d’une prairie humide.